Kovalev-Pascal 2 ou l’art du prévisible

Un article de Roos Spekto

Alors qu’une dizaine de milliers de spectateurs assistaient à la carte de boxe au Centre Bell, un nombre encore plus imposant de curieux s’étaient rassemblés dans différents lieux pour regarder les combats sur un quelconque écran. Malgré l’apparente évidence du résultat, ce deuxième affrontement Kovalev-Pascal avait réussi à susciter un grand intérêt au Québec. Quand Freddie Roach a demandé à l’arbitre de mettre fin au massacre, une question méritait d’être posée: tout cela en avait-il valu la peine? Retour sur l’événement.

kovalev-pascal

Difficile de cerner avec précision ce qui a incité les gens à allonger les dollars pour ce second chapitre. L’espoir créé par Pascal lors d’un round et demi dix mois plus tôt? L’arrivée d’un nouvel entraîneur pour changer la donne? La carte du racisme (incluant la scène des bananes)? Le passage à vide des Habs? Quoi qu’il en soit, il y avait beaucoup de monde à la messe dans cette chapelle nommée La Cage, là où j’accompagnais un groupe de douze personnes prêtes à passer une belle soirée. Pourquoi La Cage? Euh… ouais, il paraît qu’il y a plus d’ambiance là que dans une maison. Plus de bruit, plus d’action et plus de diversité… c’est vrai, mais toujours pas certain pour une « meilleure » ambiance! Et je n’ose même pas aborder le sujet des bières proposées au menu: une honte pour un endroit qui se prétend « brasserie sportive ».

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Aux écrans, trois options se présentent à nos yeux: la boxe, le UFC et le concours d’habiletés de la LNH. John Scott semble voler la vedette à Nashville si l’on se fie aux images, le son étant réservé à la carte de boxe même si celle-ci ne réussit à attirer les regards qu’au moment où Renan St-Juste et Francis Lafrenière décident de se livrer une furieuse bagarre sur le ring. Une clameur s’élève alors dans la place; notre discussion à propos de la mafia est momentanément interrompue. Un client crie alors à tue-tête: « La boxe tue des vies! » Personne n’arrête de respirer pour autant. La moralité ne possède plus le même code ce soir. « Mange ton hot chicken en silence! » pense le bougre assis à la gauche du désemparé si l’on se fie à sa bouille. Après cette bataille, le calme revient. Notre discussion reprend vie, à propos de la NFL cette fois-ci. Aurons-nous droit à un match lors du Super Bowl? Je crois que non, ça choque le Pro du Club, ce connaisseur de football américain. Surtout, ça chagrine la football mom installée non loin de moi. Juste évoquer la possibilité d’une rencontre à sens unique la plonge dans une angoisse existentielle. Elle prie le bon Dieu de nous offrir un duel serré, même un 6-3 s’il le faut. Ses consommations et les nachos descendront mieux…

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Enfin, nous mettons de côté le football, le hockey, John Scott, la mafia et la Grande Catherine. L’événement principal de la soirée est en branle. Jean Pascal apparaît sur une scène, à l’image de sa propre arrogance. Roy Jones le rejoint en rappant plus ou moins habilement. Phil, un connaisseur du style musical, fait la moue au bout de la table, à moins que ce ne soit sa dernière rondelle d’oignon qui lui bloque l’oesophage. Si quelqu’un m’avait prédit cette scène il y a quinze ans, je me serais solidement payé sa gueule pendant plusieurs semaines; Roy Jones, vraiment? Pas facile la vie après la boxe, j’imagine. Sergey Kovalev prend possession de la même plateforme alors que l’aspirant est maintenant sur le ring. Plus sobre, plus sérieux, plus épeurant; le Russe n’est clairement pas venu perdre son temps et ses ceintures au Centre Bell. Les trois mots combien de rounds sont répétés à maintes reprises au quatre coins du bar, la football mom verse une larme, surtout lorsqu’elle aperçoit l’Artiste dans le coin de l’ennemi.

Pendant plus de huit minutes, Kovalev impose tranquillement son rythme; Roy Jones ne doit pas aimer ça! Puis, comme par enchantement, Pascal place deux ou trois bons coups avant la fin du troisième round. Un vent d’espoir souffle dans la place. Ce sera le dernier. Dès la reprise des hostilités, le boxeur local encaissera des rafales de coups jusqu’au sage lancer du drapeau blanc, gracieuseté de son entraîneur résigné après un désastreux septième assaut. La grande gueule est bouche bée, les poings ont parlé plus fort que les mots. J’entends des propos durs autour de moi, sûrement mérités pour la plupart. Par contre, si Kovalev a eu droit à des bananes cette semaine, je ne sais pas ce que méritent certains imbéciles heureux à quelques mètres de notre groupe. Peut-être de piler inopinément sur une pelure de ce fruit contesté…

Au final, peut-on affirmer que tout cela en a valu la peine? Cette carte, cette promotion, ce trash-talking, ce combat et même cette Cage? La réponse facile est un retentissant NON. Par contre, est-ce une grande surprise? Pas du tout. Et la soirée dans son ensemble, avec plein d’amis au milieu d’une faune hétéroclite, a offert son lot de bons moments. Dire qu’une histoire semblable pourrait se produire dimanche lors du Super Bowl. Peyton Manning risque même de ne pas terminer la rencontre. Football mom, ne pleure pas, je suis sûr que tu sauras malgré tout apprécier l’événement. Le Pro, calme-toi, on s’en reparlera cette semaine…

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2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Pousty dit :

    Il n’y a pas de lien pour s’abonner aux Spektophiles?

    J'aime

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