VEGAS: PARTIE II

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Heureusement pour moi, il n’y a pas que des casinos à Las Vegas. Pour ceux qui ne le savent pas, la ville du péché est au beau milieu d’un désert. Si on parle souvent du Grand Canyon dans cette région des États, il y a aussi le Red Rock Canyon. Honnêtement, sans ce canyon à moins de 30 minutes du centre-ville, le séjour au Nevada aurait vite été quelque peu redondant.

La tête de la tortue

C’est donc par un beau matin que nous sommes allés faire de la randonnée dans le désert. Une lumière fraiche, des nuages haut dans le ciel et un mercure oscillant autour de la quinzaine de degrés Celsius. On ne pouvait pas en demander beaucoup plus.

«Où est-ce qu’on s’en va comme ça?» demanda Roos déjà tanné de marcher après 20 minutes. J’essayais de me rappeler la carte au centre touristique à l’entrée du Red Rock avant de déclarer : «On s’en va à la tête de la tortue». Un peu plus loin, un petit panneau nous donnait la direction générale vers la tête en question.

Nous étions entourés de formations rocheuses de belles couleurs, mais qui ne donnaient en aucun cas des indices précis sur la direction à prendre. Il fallait donc se résigner à suivre un chemin vaguement balisé.

Ce que nous avons fait au mieux de notre condition physique. Ce dernier détail peut sembler impertinent, mais pour mes frères et moi, le cardio se mesure en temps de parole avant de te faire fermer le clapet par les autres. Contrairement à nous, Gama, lui, parle peu, parie beaucoup et il est dans une forme physique resplendissante. C’est donc lui qui menait notre petite expédition. Connaissant l’aîné, il devait penser que si on ne pouvait pas aller à un endroit en voiture, ça ne valait sûrement pas la peine d’y aller.

Ça n’a pas pris longtemps avant que la cadence de Gama nous fasse pomper l’huile. Pas tant à Rio qui se targue de s’entrainer, mais plutôt à Roos et à moi. Les balises se faisaient de plus en plus rares et l’on commençait sérieusement à se demander si l’on ne se dirigeait pas vers les sommets les plus élevés du coin quand Roos a encore brisé le silence :

– Phil, c’est quoi cette trail de marde?

– Dans le guide, ils disent qu’elle est «stennuous».

– On dit «stengnuous», Phil.

Ce qui est bien avec Rio, c’est sa grande maîtrise de l’anglais. Il maitrise aussi bien la langue de Molière que Roos et moi sommes en forme. C’est tout dire.

– Peu importe, c’est la plus dure du Red Rock. Elle a une dénivellation de 800 mètres.

– Rappelle-moi donc, Phil, pourquoi c’est toi qui planifies nos journées?

– C’est simple, Roos, c’est moi qui écris les chroniques.

Sur ce, nous avons continué notre ascension et tenté de rattraper Gama qui commençait à prendre une sérieuse avance sur nous.

Une quinzaine de minutes plus tard, Roos, moi et un peu Rio, il faut bien l’avouer, n’avancions plus que sur le pilote automatique. Finis les «Wow le paysage!» ou les «C’est tellement relaxant le silence de la nature.» Le paysage s’était réduit à de la pente raide devant nous et le silence était maintenant brisé par la cadence nos cillements respiratoires.

– J’en peux plus, je m’assois dans les herbes ici.

– Moi aussi.

– Mauvaise idée les vieux, selon le guide, il y a des crotales et des veuves noires dans le boute. Il est spécifiquement indiqué de faire attention où l’on met les mains et les pieds.

– C’est pas mes mains ni mes pieds qui touchent le sol, c’est mon cul, Phil!

– C’est ça, fais le malin, Roos. Quand tu vas te faire mo….

– Tabarnack! Tabarnack! Tabarnack! TABARNACK!

La danse de Roos valait au moins 100$ et ce qui s’en venait, encore plus.

– Je me suis fait mordre une gosse par un crotale! Criss ça fait mal!

– Phil! Il faudrait que tu lui suces la gosse pour extraire le venin.

– Euh non, Rio! C’est toi le plus vieux après Roos, donc tu dois te montrer fort et faire ce qui doit être fait.

–  Ben c’est ça que je fais. Je te donne un ordre. Suce-lui la gosse!

– Ça enfle déjà! Les gars, ça fait mal, je vais mourir. Dépêchez-vous!

– Ben non, Roos, tu mourras pas. Tu vas juste perdre ta gosse.

– Une de tes gosses. Il t’en restera toujours une autre.

– Excellent Rio! Parce que des gosses, t’en as 2!

– Ha! Ha!

– Les gars, je souffre, je ne veux pas perdre une gosse. SUCEZ-MOI LA GOSSE QUELQU’UN!

– Ben non, y’a personne qui va te sucer la gosse même si le sort de la planète en dépendait.

– Au pire, Phil, on pourrait y couper. Ça empêcherait le venin de se propager.

– Bonne idée, Rio, je pense que j’ai emporté mon vieux canif.

-NOOOOOOOOOON!

Un peu plus tard

Assis dans le deuxième meilleur hôpital de Vegas (eh oui, chez nos voisins du Sud les hôpitaux sont cotés), la conversation continuait entre Rio et moi.

– Ok, ok, on jase. Mettons que la Voie Lactée menace d’exploser si tu suces pas la gosse au frangin, le fais-tu, Phil?

– Sans aucune hésitation, non, je laisse la galaxie exploser.

Fou rire.

Y’a de ces moments dans la vie où on devrait faire preuve de compassion sinon d’empathie, mais clairement Rio et moi en étions incapables. Roos vient bientôt nous rejoindre.

– Pis?

– Ouin pis?

– Ça l’air que vous avez ben fait de ne pas me sucer la gosse. Ça ne fonctionne pas.

– Tu vois Phil, je le savais qu’il fallait la couper.

– Criss que t’es con, Rio. La bonne chose à faire, vous l’avez faite en m’emmenant à l’hosto.

– Bon, tu vois, on t’aime quand même un peu.

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P.S. Ce n’est pas «stenuous» ni «stengnuous» mais bien «strenuous». Ce qui se traduit par «vigoureux».

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2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Roos Spekto dit :

    Vous êtes clairement deux attardés mentaux, mais je vous aime pareil moi aussi…

    Aimé par 1 personne

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