CHRONIQUES DE MARS (1)

le

Dimanche dernier, comme à son habitude, Rio buvait de la bière. Le nom de cette bière: «Chronique de Mars» de la microbrasserie Bénélux. Pour Rio et pour plusieurs autres «Chronique de Mars» n’évoque rien de plus que le nom d’une bière. Pour moi, ces mots éveillent des souvenirs qui semblent vraiment resurgir d’outre-tombe.

Ils me rappellent cette époque bénie de la découverte du style de musique qui allait devenir la trame sonore de ma vie.

Un léger penchant

Contrairement à mes ainés, je n’ai jamais réellement ressenti l’appel des guitares. Comprenons-nous bien, je ne détestais pas les Metallica, Iron Maiden et Slayer de ce monde, mais ça me laissait plutôt indifférent. J’avais cependant un faible pour le Punk avec des groupes comme  The Offspring, Green Day et NOFX. «Punk in Drublic» est toujours un de mes albums préférés.

Je ne sais pas comment le Hip-Hop s’est introduit dans ma vie, mais je sais qu’il m’a toujours attiré. Lors de la sortie du film «The Last action hero» avec Arnold Schwarzenegger en 1993, Roos dans un moment d’égarement avait cru me faire plaisir en m’offrant la trame sonore du film version cassette. Grand mal lui en pris, car si sur cet album figurait quelques groupes de joueux de guitares, on y retrouvait aussi un morceau de Cypress Hill, «Cock the hammer» Et devinez qu’est-ce que j’ai écouté à en faire pleurer le grand frère?

Vous vous rappeler peut-être que je suis toujours assis derrière dans la Spektomobile et que je n’ai pas le droit de toucher à la radio? Ben y’a un peu de ça là-dedans.

Si à ce moment de mon adolescence, j’éprouvais une affection toute particulière pour le Hip-Hop, c’est vers la fin du secondaire que je suis tombé en amour.

Prose Combat

Je vais tricher un peu parce que l’artiste responsable de «Prose Combat» ne vient pas de Mars mais de Paris. Cependant, ignorer l’influence qu’a eu cet album sur mes goûts musicaux serait un acte délibéré de malhonnêteté intellectuelle.

Je ne me rappelle plus exactement les circonstances, mais lorsque j’ai vu le clip de la chanson «Nouveau Western» de Mc Solaar à Musique Plus, il s’est passé quelque chose en moi. Comme un déclic. Je suis rapidement allé acheter l’album «Prose Combat» et j’ai aussitôt commencé à l’écouter en boucle dans mon walkman.

Bien que j’écoutais du Hip-Hop made in USA et en adorais les rythmes et les mélodies, j’avais de la difficulté à m’identifier aux discours tenus par les rappeurs. Prose Combat venait de changer la donne. Solaar s’exprimait dans un français riche et claire. Chaque chanson avait sa couleur propre. Je prenais un malin plaisir à décoder les sous-entendus, m’émerveillait devant la finesse des rimes et m’extasiait devant les référents culturels.

Malade! Juste malade!

Je crois être un intellectuel de la musique. J’aime les beats, mais j’accorde une plus une grande importance aux paroles. En ce sens, les chansons concoctées par Solaar et son acolyte producteur (les beats) Jimmy Jay résonnaient en moi comme rien de ce que j’avais pu entendre auparavant.

Prose combat ne contient aucune mauvaise chanson, elles ont au pire un rythme plus lent ou moins accessible, mais les rimes de Solaar sont toujours justes. Il tombe rarement dans la complaisance ou dans l’autocongratulation qui fait tant mauvaise presse au Hip-Hop.

Étant donné la place particulière qu’occupait cet album, du rap français qui ne contenait que peu ou pas d’agressivité (vraiment smooth en fait), nous n’étions qu’une poignée dans mon entourage à apprécier les efforts du rappeur parisien. Loin de me décourager, j’avais plutôt l’impression de faire partie d’un petit groupe d’initiés.

Ah cette impression de connaitre un secret fantastique que les  autres ignorent!

À l’adolescence, c’est merveilleux!

D’autant plus merveilleux que cet album et en particulier le titre «L’NMIACCd’HTC72KPDP» introduisait d’autres rappeurs français pas moins talentueux que Solaar. Ces mêmes rappeurs que j’ai pus voir pour la première fois sur TV5 dans un épisode mythique de l’émission musicale Taratata que mon père avait enregistré sur VHS pour me faire plaisir.

– Phil?

-Oui p’pa?

– Mc Solaar, tu connais ça?

– Oui? Répondis-je intrigué. Pourquoi le vieux barbu qui écoute Alannah Myles en dansant seul dans le salon me parlait tout d’un coup de Hip-Hop?

– J’ai enregistré une émission de télé pour toi. Tu me diras ce que t’en penses.

– Ok p’pa.

Ce que le bonhomme avait enregistré un soir du mois de mai 1995 est ce que je considère encore aujourd’hui comme un des jalons les plus importants de mon expérience musicale. Je pouvais enfin mettre des visages sur les rappeurs que j’avais précédemment entendus sur Prose Combat.

Comme ça, sans prévenir, les frontières de mon univers musicale venaient de s’étendre.

Cet album n’est rien de moins qu’un classique du Hip-Hop. Il a ouvert des portes à Solaar et lui a permis de collaborer avec des rappeurs aux États-Unis. Il m’a fait comprendre que le Hip-Hop pouvait se faire en français et demeurer d’une qualité remarquable. Malheureusement, une dispute contractuelle entre l’artiste et sa maison de disque a empêché la réédition de l’album. Il est donc presqu’impossible de se le procurer en 2016 et ceux qui le possèdent connaissent sa valeur exceptionnelle.

Si j’ai été fortement impressionné par les efforts des rappeurs parisiens, rien ne pouvait me préparer au choc qui se préparait. La planète Mars allait faire une entrée fracassante dans mon orbite et changer ma vie à jamais.

Publicités

Un commentaire Ajoutez le vôtre

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s