MISE AU POINT FAMILIALE

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Tant que ça reste dans la famille, telle était notre devise auparavant. Pourtant, depuis trois mois, nos petits malheurs familiaux se retrouvent sur la place publique. En tant que grand frère, je me dois de rectifier certains faits. Rio et Phil peuvent bien se défouler comme deux rats derrière leur clavier, ça m’est égal, surtout si c’est dirigé contre moi. Je saurai personnellement régler leur cas en temps et lieu. We’re gonna be even et l’affaire sera close. Mais quand tu écorches le paternel au passage, désolé, ça ne passe pas!

De quoi je parle? De la grande folle à Rio qui a laissé sous-entendre que Papa était violent. Dans sa chronique où il s’amuse à me comparer à un vieux divan passé date (mais que voulait-il vraiment exprimer au juste?) pour me faire passer pour un genre de mini-wheat fourré aux fruits sauvages, il raconte gratuitement que Papa m’a déjà propulsé à travers une porte… et son cadre! S’il est vrai que j’ai déjà servi de bouc humain un soir de jeunesse, il faudrait toutefois expliquer aux lecteurs que je l’avais bien mérité. Le bonhomme revenait d’un soir de brosse, il avait parké son Impala un peu tout croche dans le driveway avant de tituber jusqu’à la porte d’entrée. Il sacrait après la poignée de porte, la serrure et ses clés parce qu’il n’arrivait pas à entrer. Ça m’amusait énormément car c’est moi qui retenait le loquet…

73_Impala

Quelques minutes plus tard, lorsque j’avais cessé mon stupide jeu, Papa était passé, tel un missile, directement dans le mur perpendiculaire tellement il avait de l’élan. Un peu froissé lorsqu’il m’avait aperçu, il n’était pas d’humeur à recevoir un commentaire désobligeant. Pourtant, ma bouche n’avait pu retenir les mots suivants: « Salut Pa! La bière était bonne ce soir? Au moins aussi bonne que la voisine qui est sortie de ton char avant de rentrer chez elle? » Sans compter jusqu’à deux, le vieux m’avait empoigné par mon t-shirt de W.A.S.P. qui me servait de pyjama et m’avait propulsé en direction de ma chambre, celle que je partageais jadis avec Rio. Petit hic, la porte était fermée. Elle n’avait pas fait long feu, le cadre non plus. Pendant que les pleurs de Rio résonnaient aux quatre coins du domicile, le père m’avait relevé presque affectueusement, dépoussiéré quelque peu et susurré à l’oreille les mots suivants (que je n’oublierai jamais): « Écoute-moi ben mon gars. Je me sacre pas mal de ce que t’as vu, mais tu vas fermer ton esti d’yeule, c’est-tu clair? Personne n’a à savoir ça. Ni tes frères ni la mère de Phil. Compris? » J’avais peut-être le front fendu et le goût de verser quelques larmes, je m’étais contenté d’acquiescer du regard avant de m’approcher de lui. Il m’avait pris dans ses bras en me disant qu’il était fier de moi et que j’étais en voie de devenir un homme, un vrai. En allant se coucher sans même se déshabiller et se brosser les dents, il m’avait demandé d’aller voir ma moumoune de frère et de m’arranger pour qu’il arrête de brailler.

Quand Phil et sa mère étaient revenus le lendemain (je crois qu’ils étaient allés chez la grand-mère de Phil), mon père avait expliqué que Rio et moi nous étions bagarrés et que j’avais un peu exagéré dans ma violence. Mais avant que la mère de Phil ne m’impose une conséquence ou pète les plombs (elle n’aime que son petit gars cette femme!) mon père s’était interposé et lui avait signifié qu’il avait pris l’initiative de me punir adéquatement. Un secret soufflé à son oreille avait transformé sa désagréable moue en sourire de satisfaction.

Je n’ai jamais su ce que mon père lui avait dit ce jour-là, mais je n’ai pas oublié l’essentiel de la leçon. 1. Mon père n’allait pas me laisser tomber. 2. J’avais intérêt à conserver secret tout ce qu’il s’était passé la veille. 3. Un peu de violence pour mettre un peu d’ordre dans la cabane est un moindre mal.

Mon père est un vrai. Je ne laisserai pas mes frères détruire sa réputation sous aucun prétexte. S’ils ne comprennent pas avec ce petit mot, je m’arrangerai pour leur expliquer les choses de la vie autrement…

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