SAUTE PAS DU PONT

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Accuse-moi pas d’avoir trop bu ce soir, j’te jure que j’ai pas calé mon six pack devant ma télé. J’me suis peut-être pas contenté de boire de l’eau pis du Coke Zéro, mais tire pas de conclusions trop hâtives.

J’allais m’endormir sur mon divan quand la dernière pièce de l’album Chevy Chase, Saute pas du pont, jouait dans mes oreilles. Je viens de te perdre? Chevy Chase joue de la musique? Ok, je reformule. Le band Rouge Pompier a sorti un solide album il y a quelques semaines. Le chum Philozique en a même fait une superbe critique sur sa plateforme philozique.com. Après l’album Kevin Bacon, on a eu droit à Chevy Chase, pas dur à comprendre, hein? Par contre, ça se pourrait que la toune Saute pas du pont te mélange un brin car elle venait seulement avec l’édition iTunes je crois…

Anyways, je veux t’parler de mon délire mi-endormi/mi-éveillé. Pendant Saute pas du pont, j’ai commencé à voir des images confuses. Un autobus étrange, un genre de camion de pompier modifié en autobus en fait. Une vingtaine de personnes à l’intérieur. Un conducteur prénommé Herby qui ressemble à Normand Brathwaite. Je suis présent. Je cours au ralenti sur un pont. Le bus est arrêté. Par les fenêtres baissées les gens crient à l’unisson des phrases insensées. On va t’aider à passer à travers… On va t’aider à pas trop y penser… On va t’aider à passer à travers… Ça va s’passer entre nous autres… Punch! Punch! Punch! Estie qu’on est con… Estie qu’on est cave… Estie qu’ça goûte bon… Ostie j’ai pu d’bave… On va t’aider à passer à travers… On va t’aider à pas trop y penser… On va t’aider à passer à travers… Ça va s’passer entre nous autres… J’ai la chair de poule, les visages sont cachés par des masques. Des masques de personnalités connues. Anne Dorval, Kurt Cobain, Dave Grohl…

À une trentaine de pieds, enjambant la dernière paroi avant le vide, Jessy Fuchs balance son regard entre l’eau et l’autobus. Il m’ignore. Suis-je vraiment là? La porte du bus s’ouvre. Deux enfants sortent. Aucun masque pour voiler leurs visages. Du sang autour des bouches, des sourires inquiétants. Je les reconnais. Cam et Alex Spekto. Ils ont rajeuni. Cam s’approche de Jessy et lui crie: J’ai juste trois ans et demi! J’ai juste trois ans et demi! Oudepelaille, faudrait qu’on y aille! Alex tasse la petite et scande d’un air furieux: Avoue l’imprudence de trop! Avoue l’imprudence de trop! Avoue l’imprudence de trop!

Je crois comprendre que Jessy fuit l’autobus et/ou ses occupants mais je n’en suis pas certain. Il passe sa deuxième jambe de l’autre côté en prenant bien soin de fixer les deux mômes immobilisés à quelques mètres de lui. Le moment s’arrête. Je suis le seul à respirer. J’essaie en vain de m’approcher. Mes jambes ne répondent point, ni mes bras, ni mon corps au grand complet. Je suis un spectateur caché dans une autre dimension.

Deux adultes sont apparus à la place des deux gosses de tantôt; ai-je cligné des yeux une seconde ou deux? Il y a une femme et un homme. Ma foi, c’est Anne Dorval, vêtue d’un chandail rose. Elle porte une perruque. Son visage se métamorphose. Tantôt en Lana Lang, sinon en Lois Lane ou en elle-même. Je ne comprends rien du tout. Jessy tremble en observant l’homme. Celui-ci retire sa cape et son masque neutre. C’est Alexandre Portelance, l’habituel complice de Jessy. Il s’approche lentement de ce dernier et lui dit ces mystérieux mots:

Y’a pas juste toi qui as le monopole d’être abruti. 

Baisse le volume de tes plaintes. 

Je refuse. 

Mon sort persiste. 

Ma place s’use. 

Et j’existe

Jessy baisse la tête. Aucun son ne sort de sa bouche. Il m’apparaît évident que le type se prépare à plonger. Sa décision est prise. Il ne se laissera pas capturer par ce groupe de possédés. Alexandre en arrive à la même conclusion. Il sort de sa manche deux baguettes qu’il lance en ma direction, puis demande à je ne sais trop qui de lui apporter une guitare. C’en est trop pour Jessy qui lâche un cri de la mort en se déshabillant. Alexandre le fixe sévèrement dans les yeux en prononçant les paroles suivantes:

Rappelle-moi, Jessy Fuchs
Rappelle-moi pourquoi t’es pas dans l’autobus
Rappelle-moi, Jessy Fuchs
Juste une fois, encore
Rappelle-nous pourquoi t’as autant peur d’la mort
Rappelle-moi encore

La dernière syllabe n’était pas encore terminée que Jessy, nu comme un ver, plongeait en silence vers le fleuve bleu comme le ciel. Ne me demande pas si j’ai apprécié ou non son entrée à l’eau, je n’ai rien pu voir de ma position. Je peux quand même te dire que, quelques secondes plus tard, l’autobus au grand complet a défoncé la paroi métallique avant de suivre le même chemin que Jessy. Saute pas du pont achevait et j’avais les yeux bien ouverts…

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