SOUVENIR D’AMOS (2)

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J’ai 12 ans et malgré moi, je suis à Amos. J’ai 12 ans et je ne peux pas dormir à Amos. Elle essaie de bercer mes nuits d’insomnies mais depuis bientôt un an, je dors à peine… Ce n’est pas qu’elle n’essaie pas la crisse, c’est qu’elle n’y arrivera pas. Elle me donne à tort son silence et ses bruits emmaillotés… C’est ceux qu’elle ne peut pas m’offrir qui me manquent. C’est les pulsations vivantes et organiques de la ville qui me permettraient de fermer les yeux. Les conversations des gens qui veillent jusqu’au cœur de la nuit sur les balcons les soirs de canicule, les chars qui passent, les bagarres, les disputes, les enfants qui finissent par péter des crises parce que pus capable de comprendre le sommeil qui les assaille, les sirènes de police.. C’est sa musique, son cœur battant de métropole, ses quartiers affamés et malpropres qui me manquent jusqu’à me faire mal.

Amos ne peut rien contre ma mauvaise volonté et les absences trop lourdes. Son ciel est trop vaste… Son air trop propre, sans smog et sans odeur.. Ses horizons assez larges pour s’égarer n’offrent aucune aspérité pour s’y accrocher quand la trouille vous pogne au ventre. Ça sent la nature et le pick-up… Ça sent la chasse pis le village… Ça sent la petitesse des gens qui vous regardent tout le temps. Des citoyens qui se pensent bons et justes. Ils ont des regards torpilleurs, des rayons X dans leurs yeux inquisiteurs et ils marchent sur des échasses pour se sentir plus grands que les autres. J’ai 12 ans et je suis un autre quand ils me regardent…

J’ai 12 ans, je suis à Amos et je ne comprends toujours pas pourquoi on m’a laissé ici comme un indésirable.

J’ai 42 ans, je suis dans un train au Vietnam en direction de Nha Trang et j’ai cette image d’une ville trop petite qui ne pouvait pas comprendre toute la haine qui m’habitait.

J’ai un réacteur nucléaire sur le bord d’éclater qui me pousse dans le ventre et je suis pogné dans un village névrosé au fin fond de l’Abitibi

Y’a une centrale nucléaire qui se réveille dans mon ventre mais je suis pogné à suivre une quête pour un frère qui s’est poussé.

On est en 1986 et en 2016 en même temps sans que ni l’un ni l’autre ne réussissent vraiment à comprendre pourquoi y a toujours un ostie de Tchernobyl dans notre ventre.

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SOUVENIR D’AMOS

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