SOUVENIR D’AMOS (3)

Je suis là juste parce que j’ai crisser une allumette dans une poubelle pis que le feu c’est propagé. Je suis en route pour Amos parce qu’on aime pas les feus de poubelle dans les écoles de mon quartier.Tout ça juste parce que je voulais célébrer la fin de mon primaire dans une école de malfamés. Juste parce que j’en avais mon voyage d’une année scolaire à me faire casser les pieds. Juste parce que le volcan nucléaire qui m’affame les entrailles c’est réveillé pis que c’est pas correct que ça se réveille un volcan. Faut que ça reste cachées c’est affaires là. Faut garder ça par en dedans. Faut que nos irruptions volcaniques sortent en irruptions cutanées. Faut calmer le feu en abusant de la masturbation ou du sport. Faut pas risquer d’allumer les autres. Faut surtout pas éveiller ceux qui dorment encore si bien…

Tout ça c’est pas de ma faute. C’est pas de ma faute si le 26 avril 1986, suite à des tests d’abrutis et un enchaînement de mauvaises décisions le réacteur nucléaire Lénine disjoncte quelque part au cœur de l’Ukraine. Ça surchauffe, ça explose un peu et 1 200 tonnes de béton revolent dans les airs avant de fracasser le réacteur de la centrale. Il y a simultanément une catastrophe nucléaire à Tchernobyl et une autre à Montréal dans le ventre d’un enfant… Si les erreurs de Tchernobyl sont arrivées sous la responsabilité d’Anatoli Diátlov, celles de Montréal ont des origines plus ou moins connues. L’enfant ne sait pas pourquoi la haine le pogne. Il sait seulement que la vie est une salope, que le monde lui donne mal au cœur et qu’il ne se reconnait plus dans sa famille… Son père n’est pas là même si il est là, son grand frère joue à ressembler à son père, il n’a pas de mère et son jeune frère ne lâche pas les jupes de sa mère, juste à lui, qui ne le lâche pas en retour. Il ne reste au garçon que la ville et son quartier. Il ne lui reste que la liberté des heures passées en dehors de l’école Saint-nom-de-Jésus avec une bande de parias du coin. Il ne lui reste que les mauvais coups qui apaisent le sentiment d’injustice. Il ne lui reste que le plaisir de manifester son insoumission avec des allumettes.

Il ne sait pas se reconnaître chez ses semblables. Les enfants de l’école sont trop préoccuper à faire du sport et à jouer les enfants normaux, à rêver d’être des super héros ou des personnages de science fiction pour s’apercevoir qu’ils seront toujours des pauvres aux yeux des gens d’en haut de la côte. Qu’ils seront et sont des affamés nourris de rêves et de vents. Il ne sait pas encore tout ça. Il est trop jeune pour mettre des mots sur ses maux. Il ne pourra dire tout ça que plus tard, après un exil forcé en Abitibi, après qu’Amos l’ai avalé de travers et recraché un peu adulte. Pour l’instant il n’a que des allumettes pour apaiser la fission des atomes qui s’emballent dans son ventre. Il n’a qu’une petite bande de parias avec lesquels il se sent un peu quelque part…

J’ai été envoyé à Amos en pension chez un membre de la famille parce que mon père en avait son estie de voyage que je fasse des mauvais coups, que j’ai l’air de me crisser de tout le monde et que les coups de gueule et les claques ne changent rien à rien. Là bas je serai seul, loin de la ville et des mauvaises influences. Là bas je finirais peut-être par comprendre qu’un volcan dans le ventre ce n’est pas comme une centrale nucléaire qui explose. Un volcan ça fait pas juste s’emballer pis provoquer la mort partout autour. Que la haine pis la peur pis la tristesse on est pas obligé de la garocher dans face du monde pour s’en affranchir. Je finirais peut-être par comprendre qu’avec le temps un volcan ça peut devenir une terre fertile et créatrice.

Il finiront peut-être par comprendre que des allumettes ce n’est pas une catastrophe nucléaire mais un étendard de la colère qui nous habite.

Je finis par comprendre un peu, en regardant Nah Trang mon année là bas il y’a 30 ans. Encore une fois je ne dors pas, je suis au RoofTop de l’hotel Ha Van et je me souviens d’Amos. je me remémore l’Abitibi et les rencontres probablement salvatrices que j’y ai faite.

 

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SOUVENIR D’AMOS

SOUVENIR D’AMOS (2)

LA FEMME DE LA PHOTO (1)

LA FEMME DE LA PHOTO (2)

LA FEMME DE LA PHOTO (3)

 

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