LE RETOUR

(CHRONIQUE D’AMOS 6)

 

Les Spekto ne sont plus.

Je suis assis à l’Espace Public pis je marine dans les affres d’une rupture trop violente. On m’a arraché le cathéter qui me maintenait en vie sans même m’avertir. À frette pis drette de même.  Schlack! Tin mon criss! Souffre…

Les Spekto ne sont plus! Fractionnés, décomposés, piétinés, répandus au gré du vent! On a explosé sans que ce soit un autre cave qui ait causé une catastrophe nucléaire… Tin mes criss. Bang! La fission de l’atome, ça se vit de plein de façon faut croire. C’est aussi quand ton frère embarque pas dans l’avion pour aller se perdre à la place aux États-Unis pis dans les jambes d’une psy. Ça se vit quand ton autre frère te sauve la vie mais reste derrière toi à Bangkok pour expier la mort de crapules qui méritaient ce qui leurs est arrivé.

Je suis assis à l’Espace Public et je fixe depuis probablement déjà trop longtemps le mur devant moi. Je le contemple à tous les jours depuis mon retour. Je me le suis imprimé din rétines. Si vous y êtes déjà allés, vous saurez de quel mur je parle… Je dis mur mais c’est pas tant le mur que ce qu’il y a dessus. Tout juste à droite de l’entrée vous le voyez? Je dis le mais je devrais dire la…  L’oeuvre sérigraphiée affichée sur tout le mur de la partie à droite de l’entrée. Je suis là, devant, à boire pas tant… Les gens de la place sont tolérants. Dans un autre débit de boisson on m’aurait crissé dehors depuis longtemps, mais c’est un repère de fusée je vous l’ai déjà dit. On y accepte les marginaux, les gens du quartier, les anarchistes, les étranges pis les artistes. Y’a des pigeons partout dans place… L’image qui me berce, je l’avais en moi avant mon départ pour le Vietnam. C’est probablement même ça qui a fait resurgir les volcans de mon passé. Les irruptions enfouies se sont éveillées violemment par une image printée dans mon cerveau sans que je sois consulté.

Une criss d’irruption pareil!

 

Je suis assis drette là à l’Espace Public pis je fais la paix avec mon doigt manquant, avec mon frère parti pis avec l’autre resté là bas. Les deux personnages qui sont prêts à en découdre pour la rondelle m’empêchent d’oublier mon grand frère… Le criss! Y’a voulait toujours tellement la rondelle. Pis l’autre qui va la mettre en jeu, Phil, voulait tout le temps que les choses soit correctes pour nous autres. Curieusement c’est ensemble qu’on était les plus forts, même quand on jouait pas dans la même équipe… Mais probablement que ça, on le savait même pas, pis qu’on le sait pas encore tout à fait. Pourtant je l’ai drette là dans face. L’image me le crie depuis un mois pis je fais la sourde oreille par entêtement. C’est avec mes frères que je suis le plus vivant.

Sans eux j’ai une criss de tête dure!

 

Je suis encore assis là, pis je commence à regarder ailleurs autour de moi. Les gens, la foule, la rue pis la vie qui se déroule dessus. Elle me manque un peu. Des fois ça prend du temps, mais on finit toujours par arrêter de se gratter la plaie… On guérit de ben des façons faut croire! J’ai entendu entre les branches pis les pintes que Phil serait correct en Asie pis que Roos était de retour en ville. il va savoir où me retrouver j’ose croire. Faque j’écoute pis je tends l’oreille… C’est certain que tôt ou tard je vais reconnaître le son de la Spektomobile. C’est de même qu’il va s’annoncer…

C’est de même que je l’attends les yeux fermés devant l’image qui m’a offert toute cette histoire.

C’est de même que je l’entends.

 

__________

 

 » Rio, Kosse tu fais? » J’ose à peine ouvrir un œil, j’ai reconnu le bruit du char mais pas la voix!

« RIOOO!!! Kriss Rio Kosse tu fais? K’est-ce qui va pas? »  Y’a un gars qui me brasse, les yeux grands ouverts derrière sa tête de dragon de Komodo…  Y’a le Kaptain qui s’inquiète pour moi avec sa face trop plein de gentillesse pis sa cape trop grande… Mais je m’en crisse du Kaptain en ce moment! C’est pas lui que j’attends!

– Rio… C’est moi, Kustard! Roos m’envoie…

– Roos?

– Y’é dans le char..

– Let’s Go!

 

 

De l’espace Public sortent en courant, l’un trop grand sur ses jambes, l’autre trop court dans sa cape, comme un Batman et un Robin de mascarade, deux étranges personnages prêts à reprendre leurs vies depuis trop longtemps sur pause…

 

 

 

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SOUVENIR D’AMOS (5)

LA FEMME DE LA PHOTO (5)

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*  L’image que j’ai utilisée en partie et dont je parle se retrouve encore à l’espace Public. C’est une oeuvre sérigraphiée créée par l’atelier Sel et Vinaigre en 2011. Voici les liens pour l’atelier et l’oeuvre. Sel et Vinaigre et La Murale

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