ROUGE

Il t’est déjà arrivé de perdre le contrôle? De voir rouge et de foncer tel un taureau espérant tout déchiqueter sur ton passage? Probablement. Sûrement. Mais tu ne l’avoueras pas. Tu ne te l’avoueras même pas. Faut surtout pas s’avouer nos faiblesses, nos sombres comportements. Petite nature, dis-toi que Roos Spekto n’a pas été créé dans ce moule, oh que non! Laisse-moi te raconter ma dernière fin de soirée rock and roll, je te jure que c’était pas beau…

La bière avait coulé à flots au Sieur d’Iberville. De beaux produits ontariens pour fêter l’Oktoberfet en ce lundi de septembre. Quelques potes du boulot et mon frère Rio, venu nous rejoindre à bicyclette, étaient présents. En prime, pour accompagner les délices de Beau’s et la nourriture de la place, un match des Habs contre les Flyers. Les estis de Flyers que je déteste presque autant que les Leafs et les Bruins. Des crottés, des jaunes, des goons. « Pas tant! » a dit Rio, mais l’image des Broad Street Bullies est encore ancrée dans ma tête. Souvenir de ma tendre enfance. Pas vraiment tendre mais bon…

Tout ça pour dire qu’après un premier trio pas piqué des vers (Batch 5000 à 7%, Two Tons of Fun à 10,5% pis One Ping Only à 8,5%), je me sentais vraiment très bien. Mais les boys ont décidé qu’il était assez tard pour un lundi soir. Rio est parti en pédalant plutôt nonchalamment alors que les autres ont marché jusqu’à leurs bagnoles parkées pas trop loin. J’ai fait semblant d’avoir envie de pisser et je suis revenu à l’intérieur de l’établissement pour me commander un deuxième trio identique au précédent. La serveuse m’a regardé avec un drôle d’air mais je pense que ça démontrait plus d’excitation qu’autre chose. En plus, comme la place était pas très achalandée, ma soif lui assurait quelques dollars supplémentaires très bienvenus.

J’ai terminé mon troisième trio alors que l’annonceur présentait les trois étoiles du match au Centre Bell. Des étoiles,j’en voyais pas juste sur l’écran géant comme tu peux l’imaginer. J’avais les jambes un peu molles quand j’ai quitté le Sieur. C’était clair qu’une sieste de quelques heures sur la banquette arrière de la Spektomobile m’attendait; je ne pouvais chauffer ainsi!

À quelques pas de ma Spektomobile, j’ai entendu un drôle de bruit. Des feuilles piétinées. Pourtant, j’étais seul. Du moins, je le croyais. Jusqu’à ce que ce sans-génie déguisé en épouvantail nocturne surgisse de nulle part et lâche un cri de la mort. Quelle mauvaise idée! Une série de réactions s’est rapidement enclenchée en moi. Un sursaut, un réflexe, une montée de colère. Quand j’ai attrapé l’imbécile heureux par le cou, il était moins fier de son effet. T’as voulu m’effrayer en sortant de ta cachette, petit comique, tu vas payer le gros prix. T’es pas tombé sur le bon. J’ai bien vu qu’il essayait de me dire quelque chose, mais rien ne pouvait sortir de sa bouche tellement je serrais fort sa gorge de poulet chétif. Maudit tata en costume de clown de BS qui s’amusait sûrement à faire peur aux gens du quartier, il méritait une bonne correction.

Après l’avoir assommé à quelques reprises sur la Corolla parkée drette là où il fallait, je l’ai roulé dans tout ce qu’il y avait sur le trottoir et sur les terrains avoisinants. De la bouette, des feuilles, des déchets, de la marde. Comme dans le temps des cowboys avec le goudron pis les plumes. Il l’avait cherché l’esti de Patof des pauvres! Il était plus vraiment conscient de ce qui se passait, mais il respirait encore. Je lui ai donné deux ou trois coups de pied pour la forme pis je l’ai laissé dormir sur le trottoir. En espérant que le type ne pense même pas à recommencer un autre jour…

Lorsque le soleil s’est levé, j’étais un peu perdu. J’avais complètement oublié que j’avais dormi dans mon char. Il fallait que je me dépêche pour aller prendre une douche avant d’aller travailler. Je sentais le fond de tonne, c’était presque gênant. Mais avant, je devais aller tirer une pisse. Marchant un peu pour me trouver un bon spot, j’ai vu une Corolla blanche avec le hood un peu magané. Des poques pis des traces de sang. Me suis souvenu de l’hurluberlu de la veille. Je pensais pas avoir joué si dur avec lui. Je me suis retourné pour regarder s’il gisait encore sur le trottoir un peu plus loin. Fort heureusement, il n’y était plus. Je pouvais donc pisser en paix près de cette haie qui me procurait un peu d’intimité.

– Hey, peux-tu pisser ailleurs maudit tabarnak!

– Euh, désolé…

En reculant, j’ai aperçu une bicyclette en bien mauvais état et les pieds de son propriétaire pas très loin. J’ai décidé de changer de place pour conclure mon soulagement. J’ai ensuite crissé mon camp parce que les responsabilités m’appelaient ailleurs. Mais bon dieu qu’il me semblait avoir déjà vu cette foutue bécane quelque part…

 

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