UNE BELLE SURPRISE!

Les flocons suspendus brillaient dans le soleil oblique de l’après-midi. Dans l’air frais et sec, j’entendais distinctement mes deux énergumènes de frères qui hurlaient de joie accotés sur la spektomobile. Après une bonne respiration de cet air frisquet rempli d’exhaust à l’aéroport international Trudeau, je me dirigeais vers eux tout sourire. 24 heures de vol plus tard, de Bangkok à Montréal, je touchais enfin le sol québécois.

Quelques accolades fraternelles inconfortables plus tard, mon bagage placé dans la valise et curieusement pour la première fois, je pus m’asseoir à l’avant. Pas à la place du conducteur, y’a toujours ben des osties de limites à l’amour fraternel comme me le rappela affectueusement Roos.

Un si long voyage avait ouvert mon appétit et je devais bien avouer que je n’allais pas cracher non plus sur une bonne douche, mais Rio m’informa qu’on devait d’abord arrêter chez MA Rush.

– Ouin ça l’air que Karisma a une surprise pour toi.

– Karisma à une surprise pour moi chez MA Rush?

Mes frères ne semblaient pas étonné de l’étrangeté de la situation, durant mon absence Karisma avait semble-t-il multiplié les bizarreries, si bien qu’aujourd’hui plus grand-chose ne les faisait sourciller venant de ce singulier personnage. Et je devais bien avouer que, même si j’avais une faim de loup et que je commençais à sentir la poche de hockey, j’étais toujours partant pour une surprise.

On pourra jamais me reprocher de ne pas avoir gardé mon cœur d’enfant.

Une trentaine de minutes plus tard, Roos stationna la spektomobile sur la rue face à la maison de MA Rush. À chaque fois que je viens ici, dans l’Est de la ville, je trouve ça laid. C’est tout plein de bungalows tous plus identiques les uns aux autres. Vraiment, c’est hideux. Les commentaires de Roos et Rio me confirmèrent que malgré nos différences, on pisse souvent dans le même urinoir.

– Criss que c’est pas beau icitte, constata Rio.

– On dirait un osti de quartier laite de banlieusards. Oh mais attendez, c’est un osti de quartier laite de banlieusards, ajoute Roos en s’ouvrant une bière apparue par magie dans sa main droite.

Mon grand frère est un homme de peu de mots, mais il est d’une efficacité redoutable quand vient le temps de boire une bière. Un homme d’action, un Rambo du houblon.

Sans cogner, on entra dans la demeure de MA Rush pour trouver Karisma dans le salon. Assis dans un divan 3 places en cuir sorti tout droit des années 90, lignes de coke sur la table en verre devant lui, que dis-je? des boulevards! accompagné de plusieurs cadavres de Bud Light. Notre pâtissier en chef écoutait un concert de Rush dans le tapis. Je l’entendis à peine lorsqu’il nous offrit une de ses Bud Light et/ou de se joindre à lui afin de déguster les bon produits du terroir étalés devant lui.

– MALADE LE SON HEN? ÇA FAIT DEUX FOIS QUE JE M’LE RETAPE. RUSH LIVE À RIO SUR REPEAT. MALADE!

Habitués aux excentricités de Karisma, on ne fit pas trop de cas de cette entrée en matière survoltée. Malgré son insistance habituelle, nous déclinâmes poliment la dégustation. Les frères Spekto consomment beaucoup de choses, souvent n’importe quoi, mais la cocaïne et la Bud Light, très peu pour nous. Roos prit les choses en charge et demanda à notre hôte quelle était cette fameuse surprise qu’il avait préparée pour mon retour.

– SURPRISE? Karisma eut l’air perdu un moment puis un éclair de lucidité traversa son regard. OUI LA SURPRISE! SUIVEZ-MOI!

Il prit aussitôt la direction de la cuisine tourna sur sa droite et s’engouffra dans les escaliers qui menaient au sous-sol. On descendit donc dans l’obscurité en essayant de ne pas se péter la gueule. Arrivé en bas, j’étais excité. Enfin ma surprise! Karisma ouvrit la lumière et d’un geste théâtral, il cria : VOILÀ!

Au milieu du sous-sol de MA Rush, nous découvrîmes MA Rush immobilisé sur une chaise. Camisole et boxer en coton blanc tachés de rouge, il était retenu à la chaise par des fils électriques qui devaient provenir des appareils électroménagers de la maison. Il avait une vilaine bosse violacée sur le front et son nez ressemblait à une fraise écrasée qui perdait son jus.

Roos, Rio et moi étions figés par la scène tout droit sortie d’un film de Tarantino. Inconscient, MA Rush était vraiment dans un état lamentable. Karisma qui n’avait pas perdu son entrain se dirigea vers la chaise et donna une claque derrière la tête de MA Rush qui se réveilla. Il s’agita et émit quelques sons qui devaient être des appels à l’aide. On ne pouvait pas l’entendre parce que sa bouche était obstruée par une paire de bas fixés par du duck tape qui faisait plusieurs fois le tour de sa tête l’obligeant à respirer par le nez.

Karisma s’avança vers moi et me tendit un petit revolver de calibre .38. Horrifié, je repris enfin mes esprits.

– Qu’est-ce qui ce passe, Karisma? Veux-tu ben me dire ce que MA Rush fait là?

– Ben c’est ça la surprise. Tu peux le descendre maintenant dit Karisma comme s’il m’offrait de manger des clémentines.

– Mais pourquoi je le descendrais? Y m’a rien fait MA Rush, je l’aime bien.

– C’est là que tu trompes. Pendant que vous étiez absents, les frères Spekto, lui ici a essayé de starter un autre blogue avec les mêmes collaborateurs que le Spektophiles.com mais sans vous. Il vous a trahis. Tu viens de revenir, faque je te donne l’occasion de te venger. Je pensais que ça te ferait plaisir, finit-il en me tendant à nouveau le revolver sans perdre son enthousiasme.

– MAIS T’ES COMPLÈTEMENT GELÉ OÙ QUOI?

– Oui Phil, y’é gelé. Cette remarque de Rio fut accueillie par un sourire naïf de Karisma.

– YES EN TABARNACK! rugit-il. Pis on le descend?

– Mais putain! C’est pas parce que MA Rush a voulu partir un blogue dans notre dos avec les boys qu’on veut se venger. Encore moins le descendre. T’es fou, pourquoi t’as pensé à ça?

– Ben là, répondit Karisma dont l’entrain commençait à ralentir. Roos c’tun tough qui hésite jamais à se battre. Toi et Rio, vous êtes allés en Asie à la recherche du passé de votre père pis t’as fini par tuer deux personnes au Vietnam, je me suis dit…

Voyant nos faces de poissons qui respirent, il laissa sa phrase s’éteindre au même instant que le concert de Rush live à Rio finissait un étage plus haut. Le silence s’installa un court instant avant que j’explose : «MAIS KARISMA C’EST DE LA FUCKING FICTION TOUT ÇA! ON ÉCRIT UN BLOGUE, La POGNES-TU? UN PUTAIN DE BLOGUE, PAS LA RÉALITÉ.»

Le live de Rush à Rio recommença une fois de plus au rez-de-chaussée.

– Faque vous êtes pas vraiment partis en Asie?

– Ben oui, on est allés, en vacances, gros malin.

– T’as tué personne?

– Es-tu fou calice?

– Et le petit doigt de Rio? Y’a neuf doigt Rio, non?

– Criss que t’es gelé! Rio montes-y tes deux mains.

Rio ouvrit ses deux mains et écarta ses doigts dans la lumière de façon à ce qu’il n’y ait aucun doute qu’il en avait bien dix. Incrédule, Karisma dut les compter pour y croire.

–  Et votre père, vos trois mères et toute la patente?

– Pas vrai ça non plus, pas plus que Roos est un tough ou que Rio est un anarchiste. Bon ok, celle-là est un peu vraie, mais le reste est faux. On a été élevé par nos parents dans un cinq et demie à Hochelaga et on a eu une enfance ben ordinaire. Calvaire men! Arrête de sniffer du Comet!

– Ah ben tabarnack… Karisma semblait ne pas être en mesure de comprendre l’étendue de ce qu’il venait d’apprendre.

– Bon, j’ai faim, je pue. Je prends une douche et on va manger. Sur ce, je partis à la recherche de la salle de bain.

Une heure plus tard dans un déli de l’EST de la ville

On était tous attablés devant des burgers «all dressed» accompagnés de frites épaisses et grasses. Sauf pour Rio, végétarien, qui se laissait aller dans la salade de chou.

– Honnêtement les boys, je suis content de revenir au pays pis de manger de la scrap. Ça faisait longtemps. Par contre, j’avais oublié pourquoi je prenais jamais mes burgers «all dressed». Criss que c’est dégueu de l’osti de relish.  Hey, pis pourquoi MA Rush est pas là?

Au même moment dans le sous-sol d’une maison de l’EST de la ville

MA Rush se demandait combien de temps il allait tenir sans se pisser ou se chier dessus. Ces idiots de frères Spekto n’avaient même pas pensé à le libérer avant de partir. Bande de cons. Il avait beau crier, personne ne l’entendrait. Il commençait sérieusement à penser s’il allait un jour réécouter une seule note jouée par Rush.

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