SUBLIMER LE PLAISIR!

Je suis encore à l’Espace Public, bien que j’y aille moins souvent depuis quelques temps. La rédaction des Spektophiles m’assaille par les temps qui courent. « Rio, vous faites quoi? Encore à boire, écrivez! »,  » Souffrez-vous d’entorses aux doigts, très cher Rio? » Je me suis donc réfugié à l’Espace public pour boire au lieu de répondre. « Votre silence est-il un signe de révolte juvénile ou d’alcoolisme notoire? » Ça ne me tente pas de raconter mes silences. La lassitude qui m’enveloppe dans sa doucereuse étreinte m’empêche de le faire. J’aime mieux boire. Les courriels acrimonieux s’empilent furieusement dans ma messagerie. « La constipation littéraire est un mal dangereux, votre frère se propose comme remède ». J’essaie sans grand succès de les ignorer majestueusement. La seule bouée de sauvetage que j’envisage, c’est Pousty. Maladivement, je tente de le rejoindre, mais son cellulaire réussit, lui, à m’ignorer majestueusement… « Au lieu de vomir dans les toilettes d’un bar, déversez tout ça sur votre clavier, vieux dégueulasse! »

Mon téléphone s’époumone enfin et me sauve d’une noyade dans le mutisme des pintes. Il s’énerve pour me signifier autre choses que la réception d’un autre courriel vitriolique. « Votre acharnement à ne pas répondre est-il une autre manifestation de votre tendance à l’auto-destruction? »  POUSTY! Que je hurle et dans ma tête et à voix haute et à lui-même. C’est avec en postillonnant partout que je lui demande de venir à l’Espace Public au plus criss, que ce n’est pas pour payer mes consommations pis que j’ai vraiment besoin de lui. Mais le mauvais sort, qui lui aussi s’acharne sur moi, m’informe cruellement qu’il travaille aujourd’hui.. Mû par un courage étonnant, j’envoie chier le mauvais sort, la serveuse qui arrive avec la facture, ma boite de réception pis je pars rejoindre Pousty. « Rio, espèce de lâche, lâchez la bière pis répondez à nos courriels! Votre frère arrive ». Je pars en courant.

Pousty travaille pour une grande chaîne de restauration dont il me demande toujours de taire le nom. C’est le faiseux officiel de boulettes. Je déteste aller le voir travailler… Je suis végétarien pis je suis trop sensible pour souffrir l’assaut de sa cuisine. C’est plein de viandes mortes, d’odeur, de sang pis de résidus alimentaires… Il mélange violemment des cadavres d’animaux, des restant d’assiettes récupérées dans la salle à manger et d’autres viandes mortes déjà plusieurs fois. De ce mélange putride, il façonne de ses grosses mains les boulettes qui finiront sur le gril. Ça fait des bruit de succion, des bruit d’intestins qui se vident, ça sent la moufette gonflée sur le bord de l’autoroute, y’a du sang, des mouches… Je suis toujours sur le bord de m’enfuir.

Rio – Pousty, tu dois absolument faire mon interview aujourd’hui.

Pousty – Je sais pas trop, Rio, je travaille pis j’ai aucune question à te poser… Pis veux-tu ben me dire pourquoi j’écrirais ça?

R – Pousty, demande pas la raison mais c’est une question de vie ou de mort. J’ai déjà écrit les questions, tu me les poses, je réponds pis je vais l’écrire mon interview… Faut que tu le fasses!

P – Ok, mais je dois faire les boulettes en même temps faque pose ta feuille là pis on fait ça vite.

R – Pousty, si tu sentais pas le cadavre je t’embrasserai.

P – Si tu m’embrasses, tu finis dans mes boulettes.

R – ….

P – Rio, les nombreux lecteurs assidus de vos chroniques s’inquiètent. Vous écrivez de moins en moins, le plaisir qu’ils ont à aller lire les Spektophiles en souffre, Les autres chroniqueurs ne leur apportent pas autant de joie dans leurs mornes quotidiens. Ils méritent de vous entendre.

R – Je dois tout d’abord m’excuser auprès de mes fans… Si j’ai temporairement délaissé le clavier, ce n’est surtout pas pour causer ces innombrables souffrances.  Je vais donc partager avec vous quelques-une de mes réflexions en espérant qu’elles seront un baume pour vous, amis lecteurs.

P – Nous avons entendu des rumeurs dans les médias qu’il y aurait des querelles dans l’équipes des Spektophiles, sont-elles fondées?

R – Quelques discutions musclées n’impliquent pas qu’il y ait une querelle cher lecteur. Les médias amplifient la réalité pour faire vendre des copies de leurs torchons… MA Rush participe activement à la vie du blogue même si c’est pour écrire des affaires juste sur la musique.. Le Pro s’énerve avec le football au grand plaisir de la rédaction. Parce que nous autres, on est un peu tranquille…

Sti, la rédaction, c’est comme des boss! Les rédacteurs, ça veut des résultats pis ça mise sur la rentabilité. C’est sans égard pour l’humanité pis la beauté des moments futiles, sans respect pour la poésie de l’instant. Sont pognés dans le consumérisme pis l’industrialisation de la plume. Ils veulent mettre les poètes aux bûchers, mais y vont apprendre que les écrivains pis les artistes ça lancent pas juste des mots quand il le faut….

P – Faque la guerre est pognée?

R– Pousty, c’est pas une de mes questions ça. Mais y’a des criss de limite à insister à grands coups de courriels pour qu’un gars écrive quelque chose! Je m’appelle pas Karisma. Je me tiens debout. Je fais pas Oink oink devant ceux qui tentent d’imposer leurs volontés au monde, aux petits, aux artistes….

P – Et Roos dans cette histoire… Y’é rendu souvent chez Philozique!

R – Tabarnak Pousty, je sais pas pourquoi j’ai pris la peine d’écrire tes questions si t’es pour les changer. Si ton mélange d’affaires mortes t’empêche de faire la simple tâche que je te demande de faire, ben y’é peut-être temps que tu arrêtes de manger des vidanges de même. Pis Roos, y peut ben faire ce qu’y veut. Si y a le goût écrire sur le blogue d’un gars qui s’énerve quand y paye trop cher pour des bières pis qui fait son intéressant en écrivant là-dessus, ben qu’il le fasse, Roos. Psylozique devrait apprendre que le la bière, c’est toujours bon, mais que ça peut seulement être meilleur quand c’est gratis! C’est pas compliqué, Pousty, une bière gratis, c’est du bonheur dans une pinte. C’est une forme de poésie ça. La gratuité du houblon, ça sublime le réel, ça enivre l’imaginaire, ça transmute le plaisir en bonheur. FUCK le plaisir, Pousty, on exige du bonheur nous autres….

P – Rio, relaxe là… C’est toi qui suis pu les réponses que tu avais écrites pour ton texte.

R– Y FAUT SUBLIMER LE RÉEL, POUSTY. Combattre les macaques de la rédaction. Lâche tes cadavres d’animaux pis viens avec moi mettre le feu dans rue. On va sauver les animaux, on va pas en abuser comme les osties de boss sales le font avec le pauvre monde.

P – Bon Rio, je pense que j’ai essayé mais là tabarnak t’exagères.

R – C’EST PAS DE L’EXAGÉRATION, C’EST DE LA RÉVOLUTION!

P – Ok! Je pense que t’es dû pour manger quelque chose… Quand tu t’énarves d’habitude, c’est parce que tu as faim ou soif. Je te paye un burger en avant pis je te dis bonne journée. Laisse-moi finir ma job sans tout crisser à l’envers dans cuisine.

R– …. Un burger?

…Y’é gratis le burger?

 

 

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