Blondie (1)

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Les rayons transpercent tant bien que mal l’épais bouclier molletonné, réchauffant illusoirement mon âme en cet après-midi venteux de mars. Je n’en peux plus de cet hiver qui traîne en longueur en nous soumettant à ses trop nombreux soubresauts bipolaires. Vivement le printemps et sa clémente douceur au plus sacrant.

Après une première bière à l’ÉtOH et une deuxième au Vices & Versa, Blondie me susurre à l’oreille les mots suivants: « Es-tu enfin prêt à passer à l’action? » Son regard est intimidant. Clairement, la jolie dame s’attend à une proposition plus piquante qu’un troisième verre. Je ne sais trop quoi lui soumettre, je la connais si peu. Pas du tout en fait. J’ignore même son vrai nom. « Ça se mérite, mon beau… » m’a-t-elle répondu au contact initial. « Call me Blondie, baby… » était sorti doucement de son sourire vicieux alors que nous arrivions au coin St-Denis/Jarry.

Le vent glacial me ramène à l’ordre; vite un plan de match pour ne pas éteindre cette femme de feu. Puis-je l’inviter directement chez moi? « Non! dit-elle comme si elle avait percé mes pensées, je ne crois pas que tu es l’homme de la situation ce soir. » Son verdict m’assomme littéralement. Je ferais absolument tout pour elle, mais je ne possède aucune clé pour passer au tableau suivant. Ce sentiment d’impuissance se transforme en colère intérieure. Ne serais-je qu’une fausse image d’homme viril, une version encore plus fade et invertébrée du paternel? Crainte profonde subitement interrompue par la question provocante de la démone:

– Le défi t’allume?

– Bien sûr! (à noter l’impression trompeuse d’assurance dans ma réponse)

– Pas convaincue, par contre je désire voir ce que tu as dans le ventre.

– Et ça consiste… (l’orgueil vient d’embarquer, fuck le reste!)

– T’es déjà allé au cinéma L’Amour?

– Euh… non… (tu répondrais quoi à cette question, ami-lecteur, sans vouloir passer pour un pauvre innocent ou un esti de dépravé?)

– Pourquoi te poser la question? La réponse était évidente…

– Tu veux y aller? (un mélange froissé/excité me pousse à élever le ton)

– Oh! Le Roos Spekto est piqué, voyons où cela peut bien nous mener…

C’est ainsi que Blondie et moi roulons dans la Spektomobile en direction de ce sanctuaire pornographique. Rarement ai-je éprouvé autant de difficulté à me concentrer sur ma conduite. La passagère se donne carrément en spectacle, tant pour moi que pour les témoins tout autour. Les deux pieds sur le dash, une main s’occupant de son entrejambe, l’autre tirant sur le haut de sa robe pour laisser poindre occasionnellement deux merveilleux mamelons invitants. J’ai chaud. Ce sera quoi tantôt? Bonjour M. Le Camionneur, regardez en avant et faites attentions aux piétons de grâce…

******

La voiture stationnée, nous marchons à bon rythme sur la rue St-Laurent. Ça sent le smoked meat et le bonheur. À chaque lumière rouge, Blondie me frenche sauvagement en me tâtant le paquet; suis-je suffisamment bestial pour poursuivre l’aventure? Et quand nous nous retrouvons devant les portes de L’Amour, la question se pose davantage. Je sue malgré les Celsius négatifs. Je jongle entre l’idée de sprinter vers la Spektomobile ou de plonger avec cette inconnue. Une porte s’ouvre, c’est décidé, je fonce avec elle! Bienvenue dans ce nouvel univers et advienne que pourra…

(à suivre!)

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