MON ONCLE YVAN

le

Mon oncle Yvan n’aimait pas les Anglais. Des êtres qui se pensaient supérieurs à nous. Chaque coup de poing atteignant leurs tronches était bien mérité. Puis ce fut au tour des Italiens de subir la colère d’Yvan. Des voleurs de job, des pas propres, des mafieux; il fallait s’en méfier. Quand les Haïtiens commencèrent à habiter son quartier dans les années ’70, le type capota un peu. Un peu beaucoup. Changement de serrure, bâton de baseball dans l’auto, jackknife dans la poche; pas vrai que ces criminels pourraient l’attaquer sans payer le prix.

Des années plus tard, mon oncle s’est assagi. Ça pouvait exister « des bons blokes, des bons wops ou des bons negs, tant que c’est pas des crottés qui nous fourrent avec du BS pis des affaires de même » qu’il disait le plus convaincu du monde…

Yvan a gagné sa vie comme doorman d’abord puis en chauffant des autobus par la suite, quittant une fois pour toute l’aide sociale. Il a toujours méprisé les pauvres, les itinérants pis les vieux. Il avait beau demeurer à quelques rues de sa mère, il n’allait à peu près jamais la voir sauf s’il avait besoin d’elle. Il s’est reproduit, ses deux clones ont d’ailleurs fidèlement suivi ses traces.

Aujourd’hui, le vieux grognon retraité peste contre les musulmans et les migrants qui franchissent « illégalement la frontière, passant devant tous les gens honnêtes qui respectent les règles d’Immigration Canada! » Selon ses dires, ces « estis de pourris vont venir changer nos valeurs tout en vivant à notre crochet. Des paresseux qui ne travailleront pas et qui refuseront de s’intégrer à notre société. Qu’ils restent dans leur marde, on a assez de monde pucké icitte. Il faut s’occuper de nos aînés dans les centres, c’est dégueulasse des patates en poudre! Pis les malades, pis les sans-logis… »

Mon oncle Yvan, c’est en plein le type de personne que je ne souhaite pas avoir dans mon entourage. Une grande gueule dérangeante, un gars au-dessus des lois, un fraudeur, un mari violent, un dangereux. Pourtant, il sera ici jusqu’à sa mort. On ne pourra, hélas, jamais le retourner ailleurs…

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s