SI FRAGILE (3) – LE BOISÉ

Le chalet du Stud est situé dans un boisé plutôt tranquille malgré la route de campagne qui le sépare en deux. Quelques voisins ici et là n’empêchent en rien cette intimité tant recherchée lors d’une fuite urbaine. L’accès au lac donne toujours envie de sauter nu dans l’eau après quelques consommations en fin de soirée, lorsque la température et l’état d’ivresse le permettent évidemment. Samedi, certains vêtements sont cependant disparus bien avant le coucher du soleil…

******

Tel que décidé au déjeuner, nous avons enfilé nos souliers de marche et nous sommes dirigés vers le semblant de sentier débutant entre les deux seuls érables rouges de la place, comme s’ils avaient été stratégiquement plantés là par un fédéraliste convaincu. Le Stud nous cache-t-il quelque chose là aussi? J’en serais tellement pas surpris, le gars mène une existence si mystérieuse. Un jour je te raconterai certaines histoire avec un nébuleux pirate et une sorcière asiatique; t’en auras le poil dressé de la nuque jusqu’à la raie!

Nous avions à peine franchi les deux érables qu’un besoin urgent s’est fait sentir; je devais vite revenir au chalet pour soulager mon système digestif. Malgré la hâte de larguer ma cargaison, j’essayais d’être discret pour ne pas déranger la mère de Phil qui ne nous avait pas suivis. C’est donc sur le bout des orteils que j’ai filé vers la salle de bain en remarquant qu’il n’y avait personne dans mon champ de vision. Fort heureusement d’ailleurs car le bruit et l’odeur étaient quelque chose, vraiment quelque chose. Je ne sais pas comment la cuisinière a préparé le repas ce matin, mais mon corps n’approuve crissement pas ses techniques et crie au secours à sa façon.

Après avoir passé la moitié du rouleau de papier à éponger le fruit de ma colère corporelle, j’ai flushé une troisième fois puis quitté en sueur la pièce contaminée. Je courais presque pour ne pas croiser ma belle-mère, un minimum d’orgueil m’habitant quand même. En fermant la porte, j’ai remarqué pour la première fois la trappe, cinq ou six pieds à ma gauche. Menait-elle à une semi-cave? Chose étrange, elle était ouverte. Pourquoi donc?

Malgré mes interrogations, je devais rejoindre le groupe le plus rapidement possible, question de ne pas le perdre dans ce boisé inconnu. Cela m’a pris une bonne quinzaine de minutes avant d’apercevoir Phil. Il marchait seul en gossant une branche d’arbre avec son petit couteau suisse.

– Où sont les autres?

– Un peu plus loin par là… m’a-t-il répondu en pointant devant lui.

– Tu accélères la cadence avec moi?

– Non, vas-y, ça fait mon affaire de même. Te souviens-tu de la fois où le père nous avait rapporté ces couteaux-là d’un de ses voyages?

– Pas vraiment…

– Anyway, aweille dépêche, sinon tu risques de pas les rattraper!

Sti, y a juste Phil pour jouer avec ses bébelles de jeunesse, pogné dans ses rares souvenirs joyeux du paternel. Au moins, il était de bonne humeur, ça valait le coup de l’abandonner pour retrouver les autres.

Justement, c’est Rio que j’ai trouvé le premier, étendu dans un hamac pas rapport, en train de boire directement à la bouteille sa Wee Heavy du Castor. Rien de trop beau pour le frère!

– Donne-moi donc une gorgée maudit pas d’allure!

– Tiens, c’est à peu près ce qui reste.

– Tab…

– T’avais juste à te grouiller le cul, Roos!

– Justement… Où sont nos amies?

– Aucune idée, elles m’ont clanché d’aplomb à un moment donné pis j’ai décidé de me venger en buvant tout seul les deux bouteilles.

– T’as bu l’autre aussi? T’es dégueulasse mon crotté!!!

– J’avais soif… pis capote pas, y en a en masse dans le frigo pour le retour.

J’étais sur le bord de lui mettre mon poing sur la gueule quand les dames sont apparues dans le décor. Les deux riaient aux éclats. Même les deux bouteilles vides ne bousillaient point leur gaité. Tout au long du retour, j’avalais ma colère et ma déception. Cette randonnée avait été de la pure merde, à l’image de celle que j’avais évacuée un peu plus tôt. Rio marchait tout croche en chantant un pot-pourri approximatif des grands succès des Goules et les deux autres rigolaient sans cesse comme si elles avaient inhalé une bonbonne de gaz hilarant en cachette. Mais que s’était-il passé pendant mon absence? Mon cerveau cherchait en vain entre chaque respiration anti-explosion.

Ce n’est qu’en arrivant au chalet que mes pensées se sont orientées ailleurs. La mère de Phil nous attendait dehors, souriante, avec plusieurs consommations sur la table à pique-nique, comme si elle savait exactement à quelle heure nous serions de retour. Ça m’a pris quelques gorgées avant de remarquer deux détails intéressants. Tout d’abord, les filles avaient échangé leurs jupes lors de la randonnée. Ensuite, plus important encore, la fameuse trappe était désormais refermée…

(à suivre)

À LIRE

PARTIE 1

PARTIE 2

 

 

 

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